lundi 5 novembre 2018

Tu penses à Han Yu


Tu penses à Han Yu, poète Tang, tu penses
À sa disgrâce, à son exil,
À sa moustache ingrate, à son chapeau carré ;
Tu l’imagines buvant son thé, meurtri mais digne,
Tu te dis qu’entre source et delta la vie déborde
Plus souvent qu’à son tour et emporte
Règles et digues auxquelles on se fiait ;


Ce que tu aimes n’est ni ceci ni cela,
Rien qui complèterait « être » ou « avoir »,
Juste une onde plissant la surface des eaux,
Un soupir dont l’objet s’est perdu
Mais dont le souffle court toujours,
Comme un fil qui lierait une vie à une autre
Ou tel mot à ce qui le récuse ;


Mettre de l’ordre dans l’amour, chercher
Les plis cachés sous les coutures,
Trouver l’issue de la stupeur première,
Cela excède tes fonctions et fait flotter bizarrement
Les murs autour de toi ;
Mais demander la lune aux poètes n’est-ce pas
Accepter, comme eux, de nager avec les noyés ?
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